C’est peut-être la plus ancienne forme de diplomatie et d’ambassade de l’histoire de l’humanité : les échanges d’assiette. Ceux de l’Aïd et des gâteaux de fin du Ramadhan. Cela se fait partout et sous toutes les formes : on envoie son assiette à la voisine ou à la parente et on attend, en retour, une assiette pleine des prouesses de l’autre. Cet échange n’est pas seulement un échange de politesse et d’amabilité. Sous couvert de solidarité, de bons usages et de sociabilité, se cache cependant un véritable marché de notations et d’indices de «fréquentabilité» de maîtrise. L’assiette de gâteaux offerte est une mise en examen des prouesses de la femme qui les a confectionnés, de ses habilités de cuisine et de son art. Les gâteaux échangés se mangent d’abord avec les yeux et servent à juger et donner un verdict, avant d’être mangé par les bouches. C’est donc d’une véritable bourse de cotation des valeurs qu’il s’agit et pas seulement de bonne manière. Le gâteau offert sert à juger du savoir-faire de la femme mais aussi de la richesse de son mari ou du père de famille : la jauge des ingrédients donne un indice sur leur prix et donc sur les dépenses consenties et donc sur le salaire ou les rentrées d’argent. C’est plus direct comme preuve que la grosseur du mouton de l’Aïd ou son bêlement dans le balcon. On y voit le barème de l’art, de l’argent, des relations entre le couple et de la fortune cachée. Faites donc attention aux assiettes que vous offrez : ce sont les preuves de ce que vous cachez derrière le mur et les sourires.